XXe Conférence des ambassadeurs

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs,

En commençant ce propos de conclusion, je veux vous redire combien je suis heureux et fier de diriger le ministère des Affaires étrangères. Et cela d’autant plus que nous vivons, avec la mondialisation et les nouveaux défis (économiques, politiques, écologiques) une période où la dimension internationale est décisive, rendant d’autant plus déterminante votre mission et celle de notre maison.

Avec les quatre ministres délégués qui sont à mes côtés (Mmes. Conway-Mouret et Benguigui, MM. Cazeneuve et Canfin), nous entendons nous appuyer pleinement sur les professionnels que vous êtes, dont nous avons pu constater les talents et le dévouement au service de notre pays et de l’ensemble de nos compatriotes.

À l’issue des échanges riches qui ont marqué cette conférence, et qui ont mis particulièrement en valeur les dossiers économiques, je voudrais revenir sur quelques unes de nos priorités immédiates et de long terme, afin que, dans le cadre de la politique tracée par le président de la République et le Premier ministre, vous disposiez d’orientations claires pour agir : c’est aussi, c’est d’abord cela le sens de cette Conférence des ambassadeurs.

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En cet instant, trois zones de tensions et de crises nous mobilisent plus particulièrement.

- D’abord, le Moyen-Orient et la tragédie syrienne. Depuis notamment les élections, la France est à l’initiative en Syrie sur le triple plan diplomatique, stratégique et humanitaire.

Nous ne ménageons pas nos efforts pour appuyer et rassembler l’opposition, pour aider à dessiner les contours d’une future Syrie libre, démocratique et multiconfessionnelle, pour apporter de l’aide aux populations de l’intérieur et aux réfugiés.

Nous avons organisé la Conférence des Amis du peuple syrien à Paris le 6 juillet dernier, afin que puisse s’exprimer le très large soutien de la communauté internationale aux forces qui s’opposent à Bachar Al-Assad et à son clan. Nous avons pris et prenons des mesures concrètes pour les aider. Avec l’Union européenne, nous avons adopté des sanctions contre ce régime criminel. Le président de la République s’y est personnellement beaucoup investi, il a tracé la feuille de route devant vous lundi dernier et il est déterminé à s’engager pleinement en ce sens.

La France est en effet décidée à faire le maximum pour mettre fin à la domination criminelle du clan Assad. Il est clair qu’il n’y a pas de solution en Syrie tant qu’il reste en place. Chaque mort du conflit syrien est un mort de trop. Les atrocités commises heurtent notre conscience. En même temps, nous devons aider à préparer l’après Bachar. D’où notre soutien à l’opposition, en prenant soin d’insister sur la large union et le respect nécessaire de toutes les communautés. On ne peut laisser croire qu’il y aurait une solution facile à une crise aussi complexe. Notre politique vise à affaiblir le clan criminel de Bachar Al-Assad, à accélérer sa chute inéluctable, à appuyer notamment les zones libérées, à soutenir un gouvernement provisoire légitime et représentatif, en évitant autant que possible la contagion régionale, notamment au Liban.

J’ai moi-même récemment effectué une tournée dans la région centrée sur les questions humanitaires, j’ai mesuré à la fois les drames effrayants qui s’y accumulent, l’action des ONG auxquelles je veux rendre hommage. Je présiderai demain une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies pour mobiliser la communauté internationale en particulier sur ces enjeux humanitaires.

Dans la région, d’autres questions nous préoccupent gravement. Nous sommes très attentifs à la situation en Iran. Ce grand pays a le droit, en application des traités internationaux, de se doter de capacités nucléaires civiles, mais la détention par lui de l’arme nucléaire porterait notamment le risque inacceptable de la dissémination et d’une nucléarisation de toute la région. C’est dans cet esprit que nous pratiquons une politique à la fois de sanctions et de discussions avec lui, sans grand résultat jusqu’ici. La vigilance active est plus que jamais de mise.

Quant à la question israélo-palestinienne, elle reste la matrice de nombreux conflits. La France souhaite une relance du processus de paix. Notre but reste d’aboutir à la création d’un État palestinien indépendant, viable et pacifique, et de garantir la sécurité d’Israël. C’est dans cet esprit que nous gardons un contact étroit aussi bien avec Israël qu’avec les Palestiniens.

Pour ce qui est de l’Afghanistan, notre engagement passe d’une présence militaire à une coopération civile, avec le départ de nos troupes combattantes, auxquelles je veux rendre hommage, et avec la ratification du traité d’amitié entre nos deux pays. Nous voulons aider l’Afghanistan sur la voie de la stabilité, du développement et de la démocratie, et éviter que ce pays redevienne un foyer pour le terrorisme.

- Le Mali et le Sahel. La crise sahélo-malienne, moins spectaculaire mais menaçante elle aussi, voit s’installer pas très loin de nos propres frontières un foyer majeur d’instabilité, avec des groupes terroristes qui eux-mêmes déclarent considérer la France et l’Europe comme leur ennemi. La conjonction de la faiblesse de l’État malien et de la mise en place d’une zone contrôlée par des groupes terroristes, renforcés par des flux d’armes, de combattants et de drogue, a gravement déstabilisé le Mali et menace plus largement toute l’Afrique de l’Ouest.

Nous n’entendons pas nous substituer aux Africains eux-mêmes. Nous appuierons les efforts qui seront faits par le Mali pour se reconstituer, tout comme ceux des pays de la région dans le cadre de la CEDEAO et de l’Union africaine, ainsi que dans le cadre juridique fixé par les Nations unies, pour déployer si nécessaire et le moment venu une force militaire africaine. Nous sommes engagés avec l’Union européenne dans l’appui au développement et aux forces des pays de la région. Mais une chose doit être claire : pas question de pactiser avec le terrorisme.

Cette crise malienne exige une particulière vigilance de tous les États de la région et de tous nos postes. Elle n’a pas seulement un caractère diplomatique, humanitaire, économique. Elle se traduit aussi par la menace qui pèse sur nos ressortissants, parfois pris en otage. Nous, c’est-à-dire nos postes, nos entreprises, nos concitoyens, qui doivent redoubler de précautions face à ces risques.

La crise au Sahel ne doit pas nous faire oublier les tendances de long terme en Afrique. Malgré des foyers de tension, l’Afrique est un continent d’avenir : la croissance économique, dans l’ensemble, y est soutenue, les classes moyennes se développent, les investissements directs étrangers ont été multipliés par 8 en 8 ans. La transition démographique est en marche et la démocratisation, sauf exceptions, progresse. L’Afrique constitue un partenaire économique et culturel essentiel et un immense marché à notre porte. On peut dire qu’avec l’Afrique, nous constituons mutuellement notre avenir. L’Europe doit être un allié de l’Afrique, en faveur d’une mondialisation mieux régulée qui lui permette de se développer de manière durable. Bref, la normalisation de nos relations avec l’Afrique est nécessaire, elle ne signifie en aucun cas la banalisation.

- L’Union européenne. La crise a mis et met encore l’Europe à rude épreuve. Elle a révélé les fragilités et les incohérences d’une intégration européenne déséquilibrée : d’un côté une monnaie unique, l’euro, de l’autre, des structures économiques, budgétaires, financières, politiques inadaptées pour la gérer dans la stabilité, la solidarité et la durée. Pour nous, il s’agit à la fois de régler les impasses actuelles et de construire l’Europe de demain.

Dans cet esprit, nous poursuivons avec Bernard Cazeneuve, ministre délégué aux Affaires européennes, l’objectif d’un meilleur fonctionnement monétaire, économique et financier. Le Conseil européen des 28-29 juin, largement à l’initiative de la France, a donné des impulsions nouvelles vers une politique de croissance. Nous souscrivons aux objectifs de discipline budgétaire équilibrés par une politique de croissance : c’est le sens de la ratification du Traité budgétaire, qui sera soumis au Parlement dans quelques semaines avec l’ensemble des éléments du « paquet » adopté à la fin juin - pacte de croissance, renforcement des mécanismes de solidarité, supervision bancaire, taxe sur les transactions financières.

Les premières avancées du Conseil européen de fin juin devront être appliquées et prolongées. Nous entendons agir dans plusieurs domaines : surmonter la crise des dettes souveraines, retrouver une croissance forte et durable, améliorer la gouvernance de l’Union. Dans l’immédiat, la crise grecque n’est pas encore réglée. La position de la France est claire : nous voulons que soit préservée l’intégrité de la zone euro. Pour cela, il est nécessaire de continuer à appuyer ce pays pour qu’il puisse se désendetter, charge à lui de mener les nécessaires réformes, notamment en matière fiscale.

Au-delà, nous souhaitons l’introduction d’une union bancaire, avec un fonds de garantie des dépôts et des mécanismes de résolution des crises, en plus de la supervision mise en place. De même, nous pensons décisif d’avancer vers une véritable cohésion financière pour permettre, en échange d’une coordination accrue des budgets nationaux, de renforcer la solidarité, avec l’introduction à terme d’Eurobonds. Il nous faut aussi nous donner les moyens de lancer en commun des projets capables de soutenir notre croissance - dans le domaine de la recherche, de l’innovation, du développement durable, des infrastructures. Dans cet esprit, l’UE doit se doter de ressources propres par le moyen notamment de la taxe sur les transactions financières. Tout cela implique un contrôle démocratique renforcé, en veillant à ce que le pouvoir des parlements soit garanti. Le président de la République a parlé d’« intégration solidaire » pour résumer notre démarche d’ensemble.

La coopération européenne dans le domaine de l’énergie sera un axe majeur de nos propositions. La France, et notamment notre ministère, travaille actuellement sur ce projet qui portera à la fois sur les approvisionnements, sur les énergies propres et du futur et sur les économies à réaliser en matière de consommation. Dans ce domaine essentiel, nous devons unir nos forces avec ceux de nos voisins qui le voudront, comme nos prédécesseurs l’ont fait il y a plus de cinquante ans pour le charbon et l’acier.

En matière de politique européenne, la relation franco-allemande est évidemment fondamentale. Au début de l’an prochain, nous célébrerons le cinquantenaire du Traité de l’Élysée. Ce partenariat est décisif, il doit être équilibré et non exclusif. Cela signifie que nous travaillons et travaillerons en bonne harmonie avec l’Espagne, l’Italie et tous les autres pour surmonter la crise de la zone euro. Nous agirons notamment avec la Pologne et l’Allemagne dans le cadre du « Triangle de Weimar » pour développer l’Europe de la défense, sans oublier notre coopération de défense avec la Grande-Bretagne. Le rapport Védrine reviendra sur certains aspects de notre défense et de notre stratégie par rapport à l’OTAN, dans l’analyse qu’il remettra bientôt.

Le voisinage de l’Europe, par sa proximité et l’étroitesse de nos liens avec lui, occupera une place importante dans notre action diplomatique. Dans le contexte des révolutions arabes, la vision d’un vaste ensemble euro-méditerranéen de coopération, de croissance et de liberté constitue une perspective positive de moyen et de long terme. Nous agirons pour une relance de l’euro-méditerranée. Nous disposons de bons outils pour avancer : le secrétariat général de l’Union pour la Méditerranée, le 5+5, le Partenariat de Deauville. Plutôt que de lancer de nouveaux débats institutionnels, il s’agira surtout de travailler à des projets concrets dans des partenariats à géométrie variable.

Voisinage toujours : nous avons normalisé nos relations avec la Turquie, qui est un acteur majeur aux confins de l’Europe et de l’Asie. Nous devons par ailleurs nous efforcer d’établir les paramètres d’une relation plus constructive, sans agressivité mais sans naïveté, avec la Russie.

L’Europe, premier bailleur, joue un rôle de premier plan en matière d’aide au développement, de levier sur les régimes dictatoriaux - je pense notamment à la politique de sanctions qui a porté des fruits en Birmanie -, de dialogue politique à haut niveau, notamment sur le nucléaire iranien. Ces actions européennes seront consolidées.

Sur tous ces champs d’action, nous développons et développerons des relations étroites avec les autres ministères qui concourent au rayonnement de la France et à son action extérieure, notamment le ministère de la Défense et celui de l’Économie et des Finances. Je vous invite en votre qualité de représentants interministériels de la France à l’étranger, à veiller à cette bonne et permanente concertation avec l’ensemble des autres administrations.

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Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

La profondeur du temps long, le sens de la durée, la capacité d’anticipation, la vision pour préparer et planifier sont des vertus essentielles à l’action publique. C’est particulièrement vrai de la diplomatie, où nos succès se construisent avec le temps, ce « grand sculpteur ». Une diplomatie qui s’abandonnerait à l’impulsivité et aux coups de barre permanents se révèlerait finalement peu productive. Je veux donc élargir l’horizon au-delà des priorités immédiates dictées par les crises et par les événements, pour aborder maintenant ce qui doit être notre action à plus long terme. « Il faut de la profondeur », allais-je dire, « il faut de la vision » mais je m’arrête avant que l’on ne me compare au ministre de la stimulante bande dessinée publiée il y a quelque temps sur le Quai d’Orsay.

On a parlé, à propos de divers pays, de soft power, de hard power, de smart power. Pour rendre compte de la situation singulière de la France, je parlerai volontiers d’« influential power ». En bon français, notre pays entend être « une puissance d’influence ».

La France fait en effet partie du petit nombre de pays capables d’agir et de peser significativement sur la scène mondiale. Nous sommes la cinquième puissance économique, un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité. Notre langue est parlée par plus de 200 millions de personnes, dans quelques décennies plus de 700 millions. Nous sommes une puissance nucléaire, une grande nation européenne à la culture et à la science admirées. Les principes auxquels nous nous référons, le fait que nous nous exprimions souvent au-delà de nos seuls intérêts, avec un souci d’internationalisme, de même que nos liens particuliers avec de nombreux pays, nous permettent d’être reconnus comme une puissance et une puissance utile. Notre pays dispose d’une influence qui dépasse celle qui se déduirait des seules réalités matérielles. La France est bien une « puissance d’influence ».

Mais nos atouts doivent être valorisés si nous voulons que notre pays puisse conserver, voire améliorer son statut international dans l’intérêt même de nos concitoyens. Pour cela, il faut une claire vision du monde et de ses évolutions. Le président de la République a tracé nos priorités. L’Asie, ses nouveaux géants - la Chine et l’Inde - et ses puissances établies - le Japon -, pèse et pèsera d’un poids croissant, ainsi que les grands émergents d’autres continents comme le Brésil : ils sont au coeur de nos priorités. Au-delà des pays émergents de première ligne qui connaissent des taux de croissance élevés, nous accorderons une attention forte aux « nouveaux émergents » d’Amérique latine, d’Asie, d’Afrique et du Moyen-Orient. Il s’agit notamment de l’Afrique du Sud, de l’Indonésie, du Viêt-Nam, de la Colombie, du Mexique, de la Turquie et de quelques autres, de l’Australie d’une autre façon - je ne dresse pas de palmarès -, qui sont en train de rejoindre « la classe moyenne mondiale » et constituent autant de perspectives et de marchés nouveaux. Sans rien retirer à nos relations tout à fait essentielles d’amitié et de coopération avec les États-Unis avec lesquels, selon la formule juste, nous sommes « alliés sans être alignés », nous avons à bâtir une relation proche avec ces nouveaux partenaires.

Notre diplomatie d’influence passe par une action forte en faveur du rayonnement éducatif, scientifique, culturel et linguistique de notre pays. C’est notamment la mission de notre réseau en charge des coopérations culturelles, scientifiques et éducatives. Je veillerai à conforter ce dispositif exceptionnel - une centaine d’Instituts français et près de 1 000 alliances françaises dont plus de 400 soutenues par notre ministère. Notre réseau éducatif, universitaire et de recherche, avec 490 écoles et lycées français dans 130 pays, 175 espaces Campus France, 27 instituts de recherche et des milliers de professeurs de français, est un atout à conforter. De même, nous donnerons à notre audiovisuel extérieur - la chaîne francophone TV5Monde, France 24 et RFI, qui diffusent leurs programmes à plus de 200 millions de foyers - la stabilité et la solidité nécessaires pour qu’il puisse affirmer son rôle essentiel.

Les institutions internationales sont, elles aussi, évidemment un enjeu d’influence, qu’il s’agisse de l’ONU et de ses agences, du G8/G20, de l’OCDE, des institutions financières, mais aussi régionales. Nos postes internationaux y jouent un rôle décisif. Notre « politique du personnel » devra être plus anticipatrice qu’aujourd’hui et plus suivie. Concernant les Nations unies, la France appuie, vous le savez, une réforme du Conseil de sécurité, pour permettre à cette instance majeure de mieux prendre en compte les réalités nouvelles et la nécessité d’élargir les cadres dans lesquels sont gérées les affaires du monde. Cette réforme est difficile, mais c’est en étant force de proposition que nous légitimerons notre propre statut.

Autre dimension essentielle de notre influence : la mise en oeuvre et le respect de nos principes. La France porte dans son message singulier des valeurs universelles qu’elle défend dans les situations de crises internationales, dans l’ensemble des enceintes internationales et dans ses relations bilatérales. Nous le faisons notamment par rapport aux évolutions des « printemps arabes », où nous sommes et serons très attentifs aux droits de la personne, en particulier ceux des femmes, et au respect des libertés. Cette vigilance est un facteur important de notre identité, de notre rayonnement auprès de nombreux peuples. Tous les deux ans, nous nous fixerons ainsi une grande cause internationale. En 2012-2013, ce sera la cause de l’abrogation universelle de la peine de mort. Je vous demande de vous mobiliser pour cette cause dans chacune de vos ambassades par les initiatives les mieux adaptées.

Au-delà de ces domaines majeurs, je souhaite en effet que ce ministère et l’ensemble de ses agents acquièrent ou développent à la fois ce que j’appellerai le « réflexe économique » et le « réflexe francophone ».

- Diplomatie économique. La diplomatie économique - qui est aussi écologique - est la contribution directe que nous pouvons apporter à l’exigence de redressement économique. Nous faisons, vous faites déjà beaucoup et les entrepreneurs apprécient en général notre action. Mais le déficit considérable de notre commerce extérieur, juge de paix de notre compétitivité, montre que nous devons faire plus et mieux. Certes, l’administration ne remplace pas les entreprises et beaucoup d’autres ministères sont aussi concernés que nous, mais nous pouvons et devons les accompagner. Les défis de la croissance et de l’emploi se jouent, pour une part, à l’international. Je ne reprendrai pas l’intégralité de mon propos d’hier, mais je rappellerai juste quelques grandes lignes.

Nous avons besoin d’une diplomatie économique forte, active, réactive, efficace, à l’écoute de tous les acteurs économiques de « l’équipe de France ». En continuant de servir les intérêts généraux de la France, le ministère des Affaires étrangères doit devenir, aussi, le ministère des entreprises. Il doit renforcer son « réflexe économique, et les entreprises renforcer leur « réflexe diplomatie ».

Plusieurs mesures traduiront cette priorité. Le soutien à nos entreprises à l’international et la promotion de la « destination France » pour les investissements étrangers seront désormais une instruction permanente et déterminante de notre réseau. Vous êtes clairement les chefs de file de notre action économique extérieure qui doit être pour vous une priorité majeure. Dans nos principaux postes, vous vous entourerez d’un conseil économique qui vous épaulera. Au sein du ministère, une direction animée par votre collègue Jacques Maire sera spécifiquement dédiée au soutien des entreprises et aux affaires économiques. Nous développerons la formation de nos responsables diplomatiques en matière économique, ainsi que notre communication et le dialogue avec les acteurs économiques.

Nous améliorerons notre articulation avec l’ensemble des services et des opérateurs concernés par l’action économique extérieure et le soutien à nos entreprises, notamment ceux des ministères de l’économie et du commerce extérieur. Le morcellement qui existe aujourd’hui n’est pas toujours optimal. L’enjeu est, sans perdre notre temps dans un meccano administratif, de simplifier et d’améliorer les services que nous proposons aux entreprises, notamment aux PME et aux ETI qui ont besoin d’appui pour se projeter à l’international. Il est aussi de peser davantage dans les négociations internationales et européennes en matière de coordination des politiques économiques, de politique commerciale et de cadre réglementaire. C’est dans ces enceintes - UE, OMC, G8/G20, FMI, OCDE notamment - que se dessine l’environnement économique dans lequel nos entreprises se meuvent. L’élévation des normes sociales et environnementales et la réciprocité en matière commerciale seront des exigences prioritaires pour établir des termes de l’échange plus équitables. Nos positions seront guidées par cette question simple : est-ce bon pour nos entreprises, pour nos emplois, pour le redressement de la France ?

En même temps, évitons toute confusion. Si une bonne économie est un atout décisif pour notre diplomatie, celle-ci ne peut ni s’y résumer ni être remplacée par elle. Si le PIB déterminait à lui seul les hiérarchies mondiales, cela se saurait et l’Union européenne exercerait une primauté politique par rapport aux États-Unis et à la Chine, ce qu’aucun d’entre nous n’a récemment constaté. Le poids d’un pays n’est pas exactement la même chose que son rôle, mais l’écart entre les deux ne peut pas être durablement massif. C’est pourquoi la priorité économique est majeure.

- Diplomatie francophone. Une autre priorité de long terme sur laquelle je veux insister est la Francophonie. C’est un terrain privilégié pour développer nos liens avec des pays, des sociétés qui partagent notre langue. C’est un atout essentiel. Selon l’Organisation internationale de la Francophonie, 220 millions de personnes parlent le français dans le monde. Ils pourraient être 700 à 750 millions vers 2050, dont 80% en Afrique. Les enjeux sont donc considérables et touchent à la fois à la défense de la langue française, à sa promotion, à celle de nos valeurs.

Le français fonde son rayonnement non pas sur un rapport de domination, certains diraient d’impérialisme, mais sur les valeurs universelles que notre langue a vocation à porter. Source de valeurs et de partage, cette langue commune est un véhicule de stabilité et de cohésion, de tolérance et de diversité. Elle doit se montrer créative et dynamique pour s’adapter en permanence aux changements du monde. C’est sur cette base qu’un plan d’action pour la francophonie sera mis en oeuvre, en particulier par la ministre déléguée Yamina Benguigui. Le président de la République y reviendra lors du prochain Sommet de la Francophonie à Kinshasa.

Le plan comportera notamment quatre axes. D’abord davantage d’ouverture et d’accessibilité, car il est décisif que ceux qui le souhaitent puissent disposer de médias en Français, notamment en matière de culture, d’information et de divertissement. Nous développerons donc les technologies de l’information, les coopérations dans le domaine audiovisuel en direction des télévisions et radios francophones et la formation des journalistes francophones. Ensuite, la mobilité est décisive, l’espace francophone doit être un espace d’échanges et de rencontres : un programme d’échanges de type « Erasmus » est à l’étude. L’enseignement est une condition, la première condition, de la vitalité du français : nous nous donnerons les moyens de développer l’enseignement du français, notamment en Afrique, où la compétition linguistique est forte. Enfin, un partenariat pour la croissance est nécessaire afin que le français soit également un outil au service de l’économie dans les échanges nord-sud et sud-sud. Le continent africain affiche depuis une décennie une croissance moyenne autour de 5% par an et la majorité des locuteurs francophones se trouve en Afrique. La francophonie est aussi un enjeu économique et nous devons inciter les entreprises à exploiter les liens que crée la langue. Je compte sur votre mobilisation pour mettre en oeuvre cette démarche, cette véritable diplomatie francophone.

Les Français de l’étranger constituent dans cette perspective un atout et une chance particulière pour le rayonnement de notre pays. Avec le président de la République, nous souhaitons mieux les accompagner, notamment grâce à une meilleure prise en compte de leurs spécificités et une attention particulière pour la vie quotidienne. L’action d’Hélène Conway-Mouret comme ministre déléguée chargée des Français de l’étranger traduit cette attention. Elle conduira des actions et réformes dans au moins trois domaines.

Concernant l’enseignement français à l’étranger, la suppression de la prise en charge (PEC) des frais de scolarité des Français de l’étranger et son remplacement par des bourses était un engagement présidentiel, en raison du caractère inéquitable du système précédent. Cet engagement sera tenu, mais il est nécessaire, en parallèle, de refonder les critères d’attribution des bourses et, plus généralement, de rendre notre système éducatif à l’étranger plus efficace et plus juste tout en maîtrisant les hausses des coûts de scolarité.

Notre réseau consulaire devra, lui aussi, être adapté aux enjeux internationaux et à l’évolution de notre présence dans le monde. Nous devons améliorer la qualité du service public, tout en modernisant et simplifiant certaines procédures. Des propositions en ce sens seront formulées dans la concertation par Mme. Conway d’ici la fin de l’année.

Enfin, l’élection pour la première fois en 2012 de 11 députés représentant les Français de l’étranger à l’Assemblée nationale aux cotés des 12 sénateurs et des élus à l’assemblée des Français de l’étranger, a modifié l’architecture de la représentation de notre communauté expatriée. Il faudra tenir compte de cette nouvelle réalité. Une réflexion est lancée pour améliorer la représentation démocratique et simplifier le système. Les uns et les autres devront être associés à cette diplomatie francophone.

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Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Voilà quelques axes qui vont guider votre action au quotidien, en lien avec la feuille de route qu’ont tracée le président de la République et le Premier ministre. Tout ceci s’inscrit dans une certaine conception du développement au XXIe siècle. Je parlerai volontiers d’une diplomatie du développement. Celle-ci passe par une mondialisation mieux régulée, c’est-à-dire notamment capable de se doter de règles pour éviter l’aggravation et le retour de la crise financière. Elle passe par une exigence de réciprocité et d’équité dans les pratiques commerciales, sujet dont l’Europe, jusqu’ici trop naïve, doit davantage se saisir. Elle passe par un modèle de croissance durable, qui associe le verdissement général de nos économies et la prise en compte transversale des exigences sociales et environnementales. La France doit viser le meilleur niveau dans ces domaines.

Ces priorités sont celles que mettra en oeuvre à mes côtés le ministre délégué chargé du Développement, Pascal Canfin. La France, avec son opérateur l’AFD, est et restera un acteur majeur de l’aide au développement. Nous voulons que notre action soit autant quantitative que qualitative. Pour être durable, le développement devra être orienté davantage vers l’économie verte (transports propres, énergies nouvelles, gestion de l’eau et des déchets, urbanisme...), en soutenant le déploiement de l’excellente offre française en la matière. Il doit prendre en compte les paramètres environnementaux et climatiques, car ce sont souvent les pays les moins avancés et les pays émergents qui sont les plus vulnérables. Nous devons conquérir ou reconquérir les premiers rangs dans ce domaine et favoriser la recherche de nouveaux grands compromis qui permettront d’inventer les modes de production et de vie adaptés aux contraintes écologiques du XXIe siècle.

En la matière, la « coopération décentralisée » est un multiplicateur d’influence qui devra être mieux valorisé. J’ai demandé au secrétaire général de l’Association des Maires de France, M. André Laignel, de nous aider par des propositions sur ce thème. Près de 5 000 collectivités territoriales françaises mènent des projets de coopération avec plus de 10 000 collectivités partenaires dans 141 pays. Nous devons en faire autant d’acteurs et de relais pour notre diplomatie économique, pour notre diplomatie francophone et pour notre stratégie pour le développement. Ne commettons pas de confusion : il n’y a pas et il ne saurait y avoir plusieurs diplomaties. La diplomatie doit être coordonnée, mais elle peut être aussi, osons ce néologisme, une « diplomatie démultipliée », qui s’appuie sur et s’enrichit par l’action des collectivités locales, en même temps d’ailleurs que par celle de toute une série de réseaux non-étatiques, caractéristiques des sociétés du futur.

Pour atteindre ces objectifs, - diplomatie économique, diplomatie francophone, diplomatie du développement, diplomatie démultipliée - il faut des orientations budgétaires, des moyens et une organisation adéquats. Après des années difficiles, le ministère des Affaires étrangères a besoin de reprendre du souffle. Nous participerons, bien entendu, à l’effort national d’économies et de réduction des déficits publics : nous le ferons de façon responsable eu égard aux efforts importants déjà consentis. Sur la base des arbitrages rendus, notre budget devrait diminuer sur les trois ans à venir de 1% et de 200 emplois chaque année. Ce sera l’occasion pour nous, dans le respect de l’universalité de la présence française, d’adapter notre outil à nos priorités et aux réalités du monde d’aujourd’hui et de demain, en ayant pour objectif d’améliorer notre rayonnement et notre efficacité. Ce budget permettra - j’y ai insisté - de traiter des questions concrètes, auxquelles vous et vos collaborateurs êtes quotidiennement confrontés : la garantie de la sécurité de nos implantations, l’amélioration des conditions de travail, sur lesquelles les organisations syndicales insistent légitimement, la rénovation de nos systèmes d’information. Les conditions de délivrance des visas devront être améliorées, grâce à la création d’emplois dans ce secteur. Pour les politiques prioritaires que sont les bourses, les échanges d’expertise et les projets de développement, nos moyens d’intervention seront intégralement préservés. Vous serez donc soutenus dans la mise en oeuvre de vos missions. J’ai obtenu que nos moyens de fonctionnement pris au sens large augmentent de près de 7% sur l’ensemble de la période. L’ensemble des agents de notre maison, auxquels je veux rendre hommage, disposeront des moyens de bien travailler.

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Les missions sont claires, du moins je l’espère. Vous n’exercez pas vos fonctions par hasard, vous avez choisi le beau métier qui est le vôtre. Vos compétences sont avérées. Vos tâches sont essentielles. Elles seront traitées par le gouvernement et par moi-même comme essentielles.

Vous pouvez donc compter sur moi pour m’engager pleinement à vos côtés dans cette mission qui me passionne. Notre pays, son gouvernement, moi-même, nous savons pouvoir compter sur vous. Merci./.

Dernière modification : 24/09/2012

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