XXe Conférence des ambassadeurs

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,

Mesdames et Messieurs,

Je veux d’abord vous dire mon très grand plaisir de participer, aux côtés de Laurent Fabius, à ce rassemblement annuel des ambassadeurs. J’ai déjà pu éprouver à maintes reprises la qualité de votre travail et je mesure l’importance éminente de votre tâche au service de la France.

Les Français ont fait le choix d’une voie nouvelle, pour le redressement de notre pays dans la justice. Chacun a pu mesurer les attentes que cette alternance suscite auprès de nos partenaires internationaux.

Nous devons répondre à ces attentes, dans la durée et par des actions concrètes, afin que la France occupe toute sa place sur la scène internationale. C’est une immense responsabilité dont j’ai pleinement conscience.

Votre rôle est irremplaçable, car c’est vous qui éclairez le gouvernement sur la perception de son action par le reste du monde. Cette évaluation sans complaisance est indispensable à la réalisation de l’ambition qui nous anime. Et j’attache une grande valeur à l’ensemble de vos propositions ou initiatives.

Je vous l’ai dit, la France est engagée dans un effort de redressement. Chacun le sait, nous sommes confrontés à une situation difficile. Elle exige à la fois de faire face aux urgences - montée du chômage, pouvoir d’achat des Français - et d’engager des réformes de structure, qui impliquent une méthode de gouvernement reposant sur le dialogue et la mobilisation de toutes les énergies.

Dans un monde en mouvement, où les cartes de la puissance sont rebattues, la France ne pourra pas exercer pleinement son influence si elle ne recouvre pas une économie dynamique et sa confiance en elle-même. Je suis profondément convaincu que l’un ne va pas sans l’autre et que du succès de l’entreprise de redressement dépend la place de notre pays dans le concert des Nations. La France n’est pas n’importe quel pays : nous devons mener à bien les réformes nécessaires à la préservation du modèle social et républicain qui font sa force.

C’est le sens de l’action résolue de mon gouvernement en faveur de la croissance et de l’emploi.

Le gouvernement respectera ses objectifs de réduction des déficits publics, car le redressement passe d’abord par celui des comptes publics. Il conditionne la crédibilité de notre pays, en Europe et dans le monde. C’est une question de souveraineté. Une première étape a été franchie avec la loi de finances rectificative adoptée par le Parlement dès le mois de juillet. Les projets de loi de finances et de programmation pluriannuelle des finances publiques qui seront présentés au Conseil des ministres, fin septembre, confirmeront l’objectif de réduction à 3 % du déficit public en 2013 et traceront une trajectoire de retour à l’équilibre en 2017. Les arbitrages rendus fin juillet garantissent la stabilité des dépenses de l’État, dans le respect des priorités accordées à l’éducation, la sécurité et la justice.

J’ai conscience des choix difficiles que cet effort collectif implique parfois, mais le Gouvernement a clairement rompu avec la méthode de la RGPP, au profit d’une approche plus sélective et reposant sur des réformes de fond. S’agissant du ministère des Affaires étrangères, une réflexion sur la manière de moduler la présence de la France dans les pays tiers, en fonction de ses intérêts et en prenant en compte tous les réseaux de l’État, est indispensable.

Notre objectif est de relancer la croissance, sans laquelle il n’y aura pas de recul durable du chômage. Le Pacte européen pour la croissance et l’emploi, adopté lors du dernier Conseil européen, prévoit des financements à hauteur de 120 milliards d’euros. Un travail a été engagé pour identifier des projets qui puissent être éligibles aux « project bonds » ou aux crédits de la Banque européenne d’investissement, au bénéfice de nos entreprises et nos territoires. Je demande à nos ambassadeurs en poste dans l’Union d’identifier des projets conjoints avec nos partenaires. Car c’est à l’échelle de l’Europe que nous tirerons le meilleur profit de ces investissements supplémentaires.

Vous le savez, la priorité du gouvernement est de restaurer la compétitivité de nos entreprises et notre outil industriel. C’est la condition du redressement productif de notre pays. À cette fin, un rapport a été commandé à Louis Gallois, qui remettra ses conclusions mi-octobre. Parallèlement, nous sommes convenus avec les partenaires sociaux, au cours de la grande conférence sociale, de travailler à la réforme du financement de notre protection sociale, notamment sous le prisme de la compétitivité et de la juste répartition de l’effort contributif. La capacité de nos entreprises à reconquérir les parts de marché perdues ces dernières années en dépend, tant sur le marché intérieur qu’à l’exportation.

Nos PME seront davantage soutenues et bénéficieront de financements adaptés et pérennes. C’est l’objectif que nous poursuivons avec la création, dans les prochaines semaines, de la Banque publique d’investissement et l’examen, d’ici la fin de l’année, d’un projet de loi portant réforme du secteur bancaire.

Je vous l’ai dit, nous devons aussi faire face aux situations d’urgence. Afin de répondre à la première préoccupation des Français qu’est l’emploi, nous avons mobilisé les moyens nécessaires dès le mois de juin pour financer la création de 80 000 contrats aidés supplémentaires et renforcer l’accompagnement des demandeurs d’emplois par Pôle-emploi. Le projet de loi portant création des emplois d’avenir sera présenté au Conseil des ministres demain et sera le premier texte soumis aux parlementaires en septembre. Le projet de loi portant création du contrat de génération sera également présenté avant la fin de l’année. Au total, notre objectif porte sur un million d’emplois.

Vous le voyez, mon gouvernement est pleinement engagé dans l’action et dans un programme de réformes très ambitieux. Ce combat qui se mène sur deux fronts - celui de l’urgence et celui des réformes en profondeur -, est rendu possible par un changement de méthode et par une attention constante portée à la justice.

La France est fréquemment perçue à l’étranger comme un pays incapable de se réformer et de surmonter ses conflits. La conviction de mon gouvernement, c’est que cette image est avant tout le fruit des erreurs successives de méthode, qui ont souvent conduit les détenteurs du pouvoir à décider d’en haut et dans la précipitation, sans réelle concertation avec tous les acteurs qui font la richesse, le dynamisme et la créativité de notre pays - je pense notamment aux partenaires sociaux ou aux collectivités territoriales.

Le gouvernement, pour réussir les réformes engagées et les inscrire dans la durée, vise, à l’inverse, à mobiliser largement les Français, les corps intermédiaires et tous les acteurs de la société. Je voudrais souligner, à cet égard, l’exemplarité du processus lancé au mois de juillet avec la grande conférence sociale. Elle a ouvert une série de chantiers décisifs pour l’avenir de notre économie et de notre modèle social.

Dans le même esprit, des consultations ont été engagées sur la refondation de l’école et sur le nouvel acte de décentralisation, voulu par le président de la République. La première conférence environnementale s’ouvrira à la mi-septembre et permettra d’engager la transition énergétique. Des assises de l’enseignement supérieur et de la recherche se tiendront à l’automne. Ce changement de méthode est d’ores et déjà inscrit dans les faits : dialogue et effort de conviction, plutôt qu’injonction et précipitation. C’est ainsi que nous pourrons transformer le pays en profondeur.

Les Français ne sont pas hostiles par principe aux réformes et personne ne nie la nécessité des efforts à consentir. Mais des efforts justes. Faire prévaloir la justice : c’est ce qui a inspiré notamment le volet fiscal de la loi de finances rectificatives, qui est revenue sur des mesures inacceptables aux yeux de bon nombre de Français, en raison de leur caractère inéquitable. À cet égard, je n’hésite pas à citer devant vous la suppression de la prise en charge des frais de scolarité pour les enfants des Français résidant hors de France, dont vous savez bien qu’elle ne répondait à aucune considération de justice sociale.

De la même manière, le prochain projet de loi de finances poursuivra la réforme de notre système fiscal pour le rendre plus juste et plus efficace, conformément aux engagements du président de la République. La réforme fiscale fera l’objet d’un large débat, mais évitons sur ce sujet essentiel les caricatures. Le gouvernement a confiance dans la capacité de nos compatriotes à juger par eux-mêmes de la pertinence de cet effort de redressement.

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, il vous revient d’expliquer à vos interlocuteurs, partout dans le monde, que la politique engagée par le gouvernement vise à remettre la France en mouvement, à redonner confiance à nos concitoyens dans les atouts de notre pays - et ces atouts sont nombreux - pour affronter les défis auxquels il est confronté. Dans le monde ouvert, instable et concurrentiel qui est le nôtre, la France sera plus forte si elle fait preuve de cohésion et repart de l’avant, plutôt que de se diviser artificiellement.

Il faudra veiller à inclure, dans cet effort d’explication et de mobilisation, l’ensemble de nos compatriotes résidant à l’étranger, qui disposent de nouveaux élus à l’Assemblée nationale et qui peuvent également compter sur Hélène Conway. Leur rôle est essentiel pour accroître le rayonnement international de notre pays.

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, cette action résolue que nous engageons pour le redressement de la France est inconcevable sans son prolongement européen et international.

Chacun en est bien convaincu ici, le retour à un monde où les décisions nationales se suffisaient à elles-mêmes - s’il a jamais réellement existé - est parfaitement illusoire. Je veux réaffirmer devant vous la volonté du gouvernement d’une pleine insertion de notre pays dans le monde. C’est ainsi que la France pourra contribuer à le façonner, en fonction des valeurs qui sont les nôtres et de l’idée que nous nous faisons de son avenir.

Nous n’y parviendrons pas sans agir sur le levier européen, dans le cadre d’une construction européenne plus nécessaire que jamais. Je veux rendre hommage à cet égard à l’action de Bernard Cazeneuve, qui souligne à juste titre le besoin d’un projet pour l’Europe qui suscite à nouveau l’adhésion des peuples.

Dans cette perspective, rien ne sera possible sans les liens indéfectibles qui nous unissent à l’Allemagne. Vous savez mon attachement personnel à ce partenaire privilégié et à l’amitié entre nos deux pays, que le cinquantième anniversaire du Traité de l’Élysée nous donne l’occasion de dynamiser. Mon intime conviction, c’est qu’au-delà des différences de sensibilité qui peuvent temporairement se faire jour, un accord franco-allemand demeure nécessaire pour avancer. Non pas dans le cadre d’un face-à-face exclusif qui aurait pour objectif d’imposer des solutions toutes prêtes à nos autres partenaires. Mais, en raison d’une conscience aiguë de la valeur de la construction européenne et d’une volonté partagée d’être à la hauteur de notre responsabilité commune à l’égard de l’Europe.

C’est d’ailleurs, comme j’ai pu en faire l’expérience depuis mon arrivée à la tête du Gouvernement, ce que les autres États membres attendent de l’Allemagne et de la France. En conséquence, je vous demande de faire vivre, chacun dans l’exercice de vos fonctions, la dynamique franco-allemande.

L’adoption du Pacte européen pour la croissance et l’emploi, que j’ai évoqué au début de mon propos, est le premier signe tangible de la réorientation de la construction européenne. Le projet européen ne peut pas se résumer en effet à la seule discipline budgétaire. Ce Pacte sera présenté au Parlement, au début du mois d’octobre, dans le cadre de la ratification du Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance au sein de l’Union économique et monétaire. Et le gouvernement demandera aux parlementaires d’adopter une loi organique qui traduira la mise en oeuvre du Traité.

C’est l’engagement que le président de la République a pris devant les Français et c’est l’engagement de la France à l’égard de nos partenaires européens. L’aboutissement de ce processus permettra de renforcer notre crédibilité au sein de l’Union.

Nous continuerons à agir avec détermination pour maintenir l’intégrité de la zone euro, ce qui signifie notamment que la sortie de la Grèce n’est pas une option. Il est urgent de mettre en oeuvre les décisions prises par le Conseil européen, le 29 juin dernier, en faveur d’une supervision bancaire intégrée au niveau européen. En ouvrant la voie à un refinancement direct des banques auprès du MES, elle permettra de rompre la spirale négative qui lie jusqu’à présent l’assainissement du secteur bancaire et l’augmentation de la dette des États. La Banque centrale européenne devra jouer pleinement son rôle, dans le respect de son indépendance. Et nous devrons manifester notre solidarité à l’égard des pays attaqués par les spéculateurs et qui mettent en oeuvre des réformes courageuses.

Nous sommes aujourd’hui devant la nécessité de franchir une nouvelle étape, dans le cadre d’une « intégration européenne solidaire ». La réflexion est en cours, sur la base du rapport d’Herman van Rompuy et le président de la République a précisé hier l’esprit dans lequel nous l’envisageons. Nous avons la volonté d’avancer, dans ce domaine, en étroite concertation avec l’Allemagne, afin de tourner définitivement la page de la défiance des marchés.

Mais la crise que nous traversons n’est pas seulement une crise européenne. C’est une crise mondiale qui appelle davantage de coordination internationale.

N’oublions que cette crise trouve ses racines profondes dans les grands déséquilibres mondiaux. Il y a un certain opportunisme à dénoncer l’Europe comme l’homme malade, en décalage avec les fondamentaux des autres économies. Les Européens présents au sein du G8 et du G20 doivent se montrer solidaires et refuser les manoeuvres qui ne servent en fait qu’à détourner les regards d’autres problèmes fondamentaux.

Nous pouvons faire aujourd’hui le constat d’un ralentissement global de l’économie mondiale. La pertinence de l’agenda pour la croissance et l’emploi, porté par le président de la République aux Sommets de Camp David et de Los Cabos, apparaît d’autant plus grande. Il est urgent de mettre en oeuvre les engagements pris notamment par ceux de nos partenaires qui disposent de marges de manoeuvre budgétaires et qui ont la possibilité d’adopter des mesures discrétionnaires en faveur de la croissance. Il nous faut également respecter l’engagement collectif à lutter contre le protectionnisme et à renforcer l’OMC, qui veille à la loyauté des échanges internationaux.

Là encore, la force du levier européen doit être pleinement utilisée, pour faire avancer l’objectif de relations commerciales plus équitables. La mise en oeuvre du principe de réciprocité doit nous permettre de faire reculer les pratiques commerciales déloyales, qu’il s’agisse des restrictions à l’accès aux marchés publics ou du non-respect de la propriété intellectuelle.

L’objectif d’une meilleure régulation de la mondialisation, tant dans le domaine financier qu’en matière de lutte contre les paradis fiscaux et la corruption, s’impose plus que jamais. En cohérence avec la priorité que nous accordons à l’emploi, nous devons multiplier les occasions de faire progresser la dimension sociale de la mondialisation.

Dans le contexte actuel, je veux aussi rappeler la pertinence du débat que le président de la République a ouvert, à Camp David, sur le prix du pétrole et la nécessaire vigilance de l’Agence internationale de l’Énergie dans ce domaine.

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, c’est dans le cadre d’une mondialisation mieux maîtrisée que nous devons nous mobiliser très fortement en faveur de nos intérêts économiques à l’étranger. Je voudrais partir du constat rappelé par le président de la République : notre déficit commercial n’a cessé de se creuser ces dernières années ; il s’est détérioré de près de 70 % entre 2007 et 2011. Aujourd’hui notre déficit est dû pour 26 milliards à des importations supérieures à nos exportations dans les domaines autres que l’énergie. L’ambition du gouvernement est de parvenir à l’équilibre, hors énergie, d’ici cinq ans.

Dès lors, je veux ici saluer le choix de Laurent Fabius de consacrer cette 20e édition de la Conférence des ambassadeurs à la diplomatie économique.

Vous avez un rôle essentiel à jouer dans l’accompagnement des projets de nos entreprises, en matière de grands contrats comme au service de nos PME. Dans le même temps, l’attractivité du territoire national doit être valorisée aux yeux des investisseurs étrangers qui contribuent à la création d’emplois et au redressement de notre économie.

De ce point de vue, je tiens à rendre hommage à la volonté que traduit le plan d’action destiné à mettre les intérêts économiques de la France au premier rang de l’activité du ministère des Affaires étrangères et de son réseau.

Une concertation étroite avec les autres ministères concernés est indispensable - et je salue Pierre Moscovici et Nicole Bricq - pour faire en sorte que tous les leviers d’action soient mis en oeuvre de manière cohérente et que « l’équipe France » agisse, dans la cohésion, aussi bien à Paris que sur le terrain. Si nous voulons marquer des points rapidement, il faudra que nos entreprises jouent pleinement le jeu et que les pouvoirs publics s’organisent plus efficacement. Je veillerai, en conséquence, à resserrer le dispositif interministériel, afin d’assurer un suivi, coordonné en permanence, de la promotion de nos intérêts économiques à l’étranger.

Nous disposons de grandes filières exportatrices nationales et elles doivent être confortées. Elles contribuent à l’image d’excellence de notre industrie à l’étranger. Il en est ainsi de l’aéronautique, du spatial ou de l’agroalimentaire. Le nucléaire civil en fait partie, la modification du bouquet énergétique pour faire passer de 75 à 50 % la part du nucléaire dans la production d’électricité n’ayant pas pour effet de faire disparaître cette source d’énergie.

D’autre part, nous devons prendre pleinement conscience du continuum qui existe entre notre action d’influence et nos intérêts économiques : c’est en accordant une bourse à un étudiant étranger, en développant une coopération scientifique ou universitaire, en mettant à disposition de nos partenaires le meilleur de l’expertise française que nous créons les conditions d’un accroissement ultérieur de nos échanges économiques. C’est pourquoi il était absurde et contraire à nos intérêts de donner l’impression aux étudiants étrangers qu’il n’était pas les bienvenus dans notre pays ; et c’est pourquoi il a été rapidement mis un terme à des dispositions qui constituaient un véritable frein à notre attractivité.

Comme l’a dit le président de la République, il nous faut conserver une politique d’influence forte, dont le dynamisme peut notamment s’appuyer sur la capacité de cofinancement croissante des pays émergents.

Comme notre langue, notre culture fait partie des atouts de notre pays. Elle témoigne de notre vitalité et de notre dynamisme ; elle participe de l’attraction que la France exerce sur le monde ; elle est une source de rayonnement qu’il nous faut pleinement exploiter. En conséquence, la dimension culturelle doit être pleinement intégrée à votre action. À vous de veiller à sa bonne articulation avec la promotion de l’ensemble de nos intérêts.

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, puisque nous voulons gagner en efficacité et en cohérence, j’ajouterai que le changement de méthode voulu par le gouvernement dans le cadre national peut aussi inspirer l’action extérieure de la France.

Dans le cadre de la feuille de route donnée par le président de la République pour les prochains mois - et je ne reviendrai pas ici sur la mobilisation qui est la nôtre en réponse à la crise syrienne, à la situation au Sahel ou au programme nucléaire iranien -, je souhaite donc évoquer la manière dont nous mettons en oeuvre notre politique étrangère et indiquer quelques pistes d’évolution possible.

Il nous faut impérativement introduire davantage de cohérence, de continuité et de durée dans nos relations avec nos principaux partenaires. Cela implique la fin d’une politique reposant sur des coups et générant des à-coups, qui constituent autant de sources d’incompréhension et d’inefficacité.

Première mise en application possible : le développement de nos relations avec les pays émergents. Il s’agit de consolider nos partenariats stratégiques avec ces pays, sur des bases équilibrées et équitables et de les nourrir par un dialogue politique régulier et dans la durée qui témoigne de notre volonté de les considérer comme de véritables interlocuteurs. Nous les encouragerons, par ce biais, à exercer les responsabilités qui vont de pair avec le statut auquel ils aspirent.

Nous devons prendre acte également de l’épuisement du concept daté de « coopération », trop marquée par les dérives du passé et par la multiplication d’engagements aussi irréalistes qu’incohérents. Doit s’y substituer l’objectif fort d’une politique de solidarité, fondée sur le développement durable et reposant sur la transparence, la justice et la crédibilité. Dans un contexte budgétaire contraint, nous devrons faire appel à des financements innovants en faveur du développement. À commencer par la taxe sur les transactions financières, dont une partie sera affectée dès 2013 à la solidarité internationale, comme l’a annoncé le président de la République.

Dans ce cadre, nous devons accorder toute sa place à la Francophonie. Et je tiens à saluer l’action de Yamina Benguigui, qui oeuvre avec détermination à la consolidation de la famille francophone et à la promotion de l’enseignement du français.

Parce qu’il faut convaincre et mobiliser pour faire bouger les lignes, nous devons mettre en place les conditions d’un dialogue renforcé avec la société civile et multiplier par deux nos actions de coopération mises en oeuvre par les ONG, conformément aux engagements du président de la République. C’est dans cette perspective que s’inscrit le projet d’assises de la solidarité internationale, sous l’égide de Pascal Canfin.

L’accompagnement des pays en transition au sud de la Méditerranée constitue pour nous un autre enjeu d’importance.

Contrairement aux tenants du « choc des civilisations », nous avons la conviction que l’appartenance au monde musulman et l’exercice de la démocratie sont compatibles. Nous devons donner toutes leurs chances aux processus démocratiques en cours au sud de la Méditerranée, en soutenant, dans une attention constante à nos valeurs, les efforts de ces pays pour répondre aux aspirations légitimes de leur population à la liberté et à la prospérité. Et nos relations devront être renouvelées, y compris s’agissant de la mobilité des personnes, sur la base de la réflexion engagée par Manuel Valls.

Pour accompagner ces processus de transition démocratique, il nous faudra de manière cohérente mobiliser tous les instruments dont nous disposons, en liaison avec l’Union européenne et nos autres partenaires internationaux. C’est ainsi que l’Union pour la Méditerranée devra se recentrer sur sa capacité à faire émerger et à mettre en oeuvre, grâce à son secrétariat, des projets concrets d’intérêt régional. Et nous veillerons à la cohérence et à la complémentarité entre les initiatives relevant de l’Union pour la Méditerranée - dont l’ancrage à l’Union européenne sera renouvelé - et celles découlant du dialogue 5+5 ou du partenariat de Deauville.

Enfin, nous avons la volonté d’adapter notre outil de défense à ce monde en mouvement.

C’est l’objectif des travaux du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, engagés cet été et qui seront achevés d’ici la fin de l’année, ouvrant la voie à une nouvelle loi de programmation militaire qui sera soumise au Parlement en 2013.

La dimension européenne de notre outil de défense doit devenir une réalité tangible. La situation en Europe exige une mutualisation de nos capacités militaires, mais aussi la conduite de projets industriels communs, qui conditionne notre capacité à préserver notre autonomie stratégique à long terme, tout en servant notre objectif de redressement.

Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, chacun d’entre vous doit concevoir son action dans le prolongement de la politique du gouvernement, qu’il vous faut appréhender dans sa globalité.

J’ai conscience de l’exigence qu’impose la multiplication des enjeux à l’échelle mondiale. Les situations sans cesse plus imbriquées appellent un décryptage de toute la complexité d’un monde où la coopération internationale n’a jamais été aussi indispensable. J’ai confiance dans la capacité de notre diplomatie à rendre compte de cette complexité, à en expliciter les causes profondes et à proposer des réponses concrètes aux défis auxquels nous sommes collectivement confrontés, dans le respect des intérêts de la France.

La mission qui est la vôtre est exaltante et justifie que les moyens de l’accomplir vous soient accordés, comme la reconnaissance du gouvernement./.

(Source : site Internet du Premier ministre)

Dernière modification : 24/09/2012

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