Témoignage de Thameen Kheetan, ancien étudiant de l’ESJ - Lille

Le 25 mars 2011, j’ai passé ma journée Place Gamal Abdel Nasser à Amman, où avaient lieu des manifestations réclamant des réformes politiques (http://jordantimes.com/pro-reform-sit-in-ends-in-violence). Je couvrais cet événement pour le quotidien The Jordan Times.

A la fin de cette journée bien chargée, je rentre à la maison et je consulte mes mails. Un message de l’Ecole Supérieure de Journalisme (ESJ) de Lille. Je suis parmi les 10 étrangers admis à la filière généraliste de cette année. Je fais donc partie de la 87ème promotion de l’ESJ Lille, la plus ancienne école de journalisme en France.

Premier sentiment : je suis étonné, stupéfait, surpris.
Dans le contexte politique d’alors à Amman, et les mille questions qu’on se posait sur la manière de couvrir cela au journal, j’avais complètement oublié cette histoire d’école de journalisme.

Pour être honnête, j’avais perdu tout espoir d’être admis tellement la préparation sur internet, et ensuite le concours, me semblaient difficiles. Cette difficulté se manifestait plus à l’échelle linguistique que journalistique. Moi, qui étais en train de terminer mes études en licence de langue et littérature françaises à l’Université de Jordanie... deuxième de ma promotion !

La frustration était donc double : celle de ne pas espérer une admission, et celle de penser ne pas avoir appris ce qu’il fallait à la fac.

Mais avec le fameux mail du 25 mars, la période de frustration se termine, et vient la période de préparation. L’admission à l’ESJ de Lille se marie avec une bourse d’études délivrée par la France.

Début juillet, je laisse le "Printemps jordanien" se poursuivre et je pars en France.

Dans ce vieux bâtiment d’un ancien institut de physique du IXe siècle qu’occupe l’ESJ Lille, j’apprends à filmer, monter, présenter un journal télévisé ou radiophonique, animer un site web, fabriquer un magazine, entre autres.

Mais je vis aussi une expérience culturelle et linguistique très riche. J’apprends la culture française. Je chante Les Corons de Pierre Bachelet et je fais la connaissance de Noir Désir et de Manau. Je présente à mes "potes" français Rum Tareq Al Nasser entre deux morceaux de Mashrou’ Leila.

Je suis invité à passer Noël, le Nouvel An et d’autres vacances chez leurs familles à Marseille, Lyon, Roanne, Orléans, Gap et jusqu’aux Alpes suisses. A table, en savourant les merveilles de la cuisine française, on parle "Printemps arabe", religion, société, présidentielle 2012... L’été suivant, j’en reçois deux chez ma famille en Jordanie.

Après des passages par les rédactions de l’AFP et de TV5 Monde, je pose aujourd’hui mes valises à la chaîne d’information France 24. J’apprends et je traite des sujets de quasiment partout dans le monde, toujours avec un œil sur le bon vieux Moyen-Orient.

PNG

Dernière modification : 08/01/2015

Haut de page