La mission de défense sur les traces de l’expédition française de 1918.

On sait finalement trop peu de choses de l’expédition française qui a participé à la Grande Révolte Arabe de 1916 à 1918. Certes, le sujet a été bien documenté par quelques historiens et par les récits postérieurs du Général Brémond, ainsi que du Capitaine Pisani, qui commandait l’expédition au Hedjaz et en Jordanie. Pour autant, à moins de disposer du journal de marche de la colonne Pisani (que nous allons bien finir par trouver aux archives historiques de la Défense), il nous manque l’essentiel : qui composait la troupe, et par où est-elle passée ?

Bien que nous disposions d’indications claires sur la composition de la colonne Pisani, formée essentiellement de soldats français musulmans et de troupes provenant des colonies du Maghreb, nous connaissons mal l’effectif exact du détachement au moment où il entre en Jordanie (1918) et nous manquons d’anecdotes sur leur vie courante. Leur itinéraire est connu, depuis Aqaba jusqu’à Maan, mais le seul lieu de stationnement clairement identifié est le site de Gweirah, à une cinquantaine de kilomètres au Nord d’Aqaba, où le campement français était accolé à celui de l’émir Fayçal. Une série de photos, disponibles dans les archives françaises (lien : https://goo.gl/yRfuUu), nous montre ce camp, situé dans une vallée assez proche du Wadi Rum.

Mais tout cela manque cruellement de précision pour ceux qui souhaitent aller plus loin et retrouver le site original. Sans coordonnées, sans mentions dans l’histoire locale, il ne nous reste que les photos et la localisation vague de Gweirah pour entamer une recherche de terrain.

Profitant de la présence de détachements militaires français d’instruction, au début du mois de novembre 2018, dans la région de Huymaymah et de Gweirah (l’histoire nous rattrape !), nous sommes partis à la recherche des traces de l’expédition française. A dire vrai, après avoir montré les photos d’époque à nos collègues militaires jordaniens et grâce à l’aide du major Denis, le coopérant militaire “combat en montagne” de la mission de défense nous avons pu identifier assez rapidement une région d’une dizaine de km2 autour du village moderne de Gweirah. Première difficulté : entre l’érosion et la configuration du relief, plusieurs sites étaient susceptibles de convenir. Nous nous sommes donc d’abord arrêtés à environ 5km au nord de Gweirah, devant une colline qui ressemblait beaucoup à l’image d’origine... mais après une dizaine de minutes passées à arpenter le désert face à ce relief, nos doutes ont commencé à poindre. Nous avons donc pris un peu de hauteur et c’est depuis une petite éminence qui surplombe la vallée que nous avons cru repérer le rocher caractéristique des photos d’époque, au-delà du village.

Plus nous avancions vers Gweirah plus nous pensions avoir de nouveau fait erreur. Là encore, l’œil averti du major Denis nous a permis de comprendre que l’angle sous lequel la photo avait été prise perturbait en fait notre image du site et que, si nous trouvions le bon point de vue, nous comprendrions rapidement que le rocher de Gweirah était le bon.

De fait, en quittant les abords du village et en contournant le massif du Jabal Gweirah par le Sud, nous avons trouvé le site exact du camp français. Après une petite vérification auprès d’un berger , nous avons comparé les prises de vues et nous confirmions que ce site était le bon. Nous avons même été émus de trouver l’endroit précis où, sur la photo de 1918, une toile avait été dressée pour accueillir une séance de cinéma de campagne.

Il nous reste encore beaucoup à faire sur ce sujet, et notamment déterminer si des soldats du contingent français sont morts et ont été ensevelis sur la terre jordanienne. Les sites des combats de l’unité française doivent également être retrouvés (sans doute vers Maan mais aussi dans la vallée du Jourdain), mais cent ans après le passage des troupes françaises à Gweirah, nous avons en quelque sorte bouclé la boucle et pu rendre hommage à nos anciens.

Dernière modification : 04/12/2018

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