Edition française : une rentrée très cosmopolite

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La rentrée littéraire est en France
un véritable évènement national ! Chaque
mois de septembre éclosent des centaines de
nouveaux titres. Cet événement témoigne
de la vitalité de l’édition française qui
répond aux goûts variés des lecteurs et qui
continue de s’ouvrir, cette année davantage
encore, aux auteurs étrangers.

Incontestablement, la rentrée littéraire
constitue un moment fort de la vie culturelle
française et suscite un engouement
considérable, aussi bien dans les medias
qu’auprès du public. Pas moins de 654 romans
sont annoncés au mois de septembre, de quoi
satisfaire une clientèle aux goûts très variés, qui se délecte autant de « thrillers » et de romans
intimistes, que de fictions historiques, d’anticipation et de science-fiction. Les lecteurs plébiscitent les
auteurs vedettes mais ne boudent pas pour autant les belles découvertes.

Le thème de la guerre est très présent cette année : guerre militaire, guerre coloniale, guerre
économique, guerre terroriste... En témoigne ce que beaucoup considèrent comme « LE » roman de la
rentrée, L’Art français de la guerre, d’Alexis Jenni (Gallimard), qui traite des colonies du XXème
siècle. Les bouleversements économiques inspirent les auteurs, tels Bernard Foglino qui prend pour
héros un trader acculé dans Bienvenue dans la vraie vie (Buchet-Chasel) ou Dalibor Frioux qui dépeint
une Norvège détraquée dans son premier roman, Brut (Le Seuil). Ce sujet se retrouve dans les essais
phares de la rentrée. Les éditions du Seuil publient par exemple Repenser l’Etat, des économistes
Philippe Aghion et Alexandra Roulet et Comment les riches détruisent la planète, d’Hervé Kampf.
Des poids lourds du roman français sont au rendez-vous : Amélie Nothomb, Delphine de Vigan, Marie
Darrieussecq, Emmanuel Carrère. Jean d’Ormesson dans La Conversation (EhO) et Eric-Emmanuel
Schmidt dans La Femme au miroir (Albin Michel) prennent appui sur l’Histoire, un des thèmes favoris
des écrivains français.

Ce sont cependant les livres venus d’ailleurs qui vont faire sensation, à commencer par
Jonathan Franzen avec Freedom (L’Olivier) et David Grossman avec Une femme fuyant l’annonce (Le
Seuil). On attend 219 ouvrages étrangers (15 de plus que l’an dernier). Les auteurs préférés des
lecteurs français sont présents avec souvent, eux aussi, des ouvrages sur fond de crise et de Chez les auteurs du monde anglophone reviennent Paul Auster, Philip Roth, Douglas Kennedy,
Harlan Coben, le polémique James Frey. Chez les Asiatiques, c’est le Japonais Haruki Murakami qui
semble tenir la corde avec sa saga phénomène 1Q84 (Belfond). Du côté latino-américain, on retrouve
le Brésilien Paulo Coehlo et le Péruvien Mario Vargas Llosa.

Les écrivains scandinaves sont de plus en plus demandés. On peut notamment citer, Les Vaches
de Staline (Gaïa), second livre de Sofi Oksanen, qui avait créé la surprise l’an dernier avec Purge, chez
le même éditeur, spécialisé dans la littérature scandinave. Parmi les éditeurs découvreurs d’auteurs
étrangers figurent aussi Philippe Picquier, spécialisé lui dans la littérature asiatique, qui propose en
cette rentrée plusieurs ouvrages du Japonais Murakami Ryû ou encore les éditions Zulma, avec à
l’affiche l’Iranienne Zoyâ Pirzâd. Actes Sud se distinguent également en matière de publications
étrangères, en publiant le tout premier roman nord-coréen traduit en France, Des amis de Baek Nam-
Ryong et Llana Levi qui sort, entre autres, le premier roman du Suédois Olie Lönnaeus, Ce qu’il faut
expier.

Mais chaque éditeur a sa prestigieuse collection de littérature étrangère, baptisée Du monde
entier chez Gallimard ou Cadre Vert au Seuil. Tous ont pris la mesure de l’attirance considérable des
Français pour ce secteur dont on s’attend à ce qu’il s’accapare, cette fois encore, une bonne part des
ventes dans les librairies. La France est la championne des traductions dont le nombre (9446 en 2010)
est en hausse constante et représente près de 15 % des livres publiés.

La France compte plus de 10 000 éditeurs. Entre les trois grosses maisons, les fameux
« Galligraseuil », Gallimard, Grasset, Le Seuil et les nombreux petits éditeurs régionaux ou
spécialisés, on enregistre 20 éditeurs ayant plus de 50 000 titres chacun en catalogue et 5 000 moins de
dix livres. Cette diversité permet au secteur, même si son chiffre d’affaires global a tendance à stagner,
de résister à la crise et d’avoir publié 67 278 titres en 2010. A noter que si les lecteurs français
affectionnent les ouvrages pratiques et les beaux livres d’art, les bandes dessinées et les publications
jeunesse, ils achètent de plus en plus de romans contemporains, de théâtre et de poésie, sans compter
les essais, en grande forme.

Le numérique ne représente pour l’instant qu’à peine 50 millions d’euros hors taxes, soit 1,8 %
du chiffre d’affaires des éditeurs. Il est vrai que si 70 % des Français sont des lecteurs, 47 % d’entre
eux avouent n’avoir jamais entendu parler du livre numérique ! Les ventes de livres téléchargeables
ont cependant progressé de 40 % en 2010 et presque toutes les nouveautés sont désormais disponibles
en numérique. Mais les Français restent encore très attachés au papier, comme le prouve la ruée que la
rentrée littéraire engendre dans les librairies. On compte en France 25 000 points de vente ; c’est l’un
des réseaux les plus denses au monde.

Sylvie Thomas

Dernière modification : 02/10/2011

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